Tabac et alcool : Le tout est-il plus grand que la somme de ses parties?

SYLVIA KAIROUZ, LOUISE NADEAU /

Sylvia Kairouz, Ph. D. (professeure adjointe), Département de sociologie et d’anthropologie, Université Concordia, Montréal, Québec, Canada, Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), Montréal, Québec, Canada

Louise Nadeau, Ph. D. (professeure titulaire), Département de psychologie, Université de Montréal, Montréal, Québec, Canada

Résumé :

Cette étude dresse un profil épidémiologique de la prévalence du tabagisme et de sa relation à l’usage et à l’usage épisodique excessif d’alcool dans la population canadienne et dans quelques sous-groupes de cette population. Nous avons analysé des données de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes – cycle 2.1 (ESCC, 2003), menée auprès d’un échantillon représentatif de la population âgée de 12 ans et plus (N=134 072) avec un taux de participation combiné de 80,7%. Les résultats révèlent que 3% de la population rapportent un usage exclusif du tabac alors que 57% rapportent boire sans fumer et 20% consomment les deux substances. Les buveurs sont majoritairement des hommes de niveau économique supérieur; les fumeurs sont, dans une plus grande proportion, des femmes de milieu économiquement défavorisé. La concomitance de l’usage des deux substances est plus élevée parmi les hommes, les personnes à faible revenu et les jeunes âgés de 20 à 29 ans. Les fumeurs réguliers et occasionnels boivent de plus grandes quantités d’alcool et sont proportionnellement plus nombreux à être des buveurs épisodiques excessifs comparativement aux anciens fumeurs et non-fumeurs. Par ailleurs, ce sont les fumeurs qui ne boivent pas qui se perçoivent en moins bonne santé alors que les buveurs non fumeurs estiment être le plus en santé. La répartition inégale des conduites à risque et de leur concomitance à travers les sous-groupes socio-économiques permet de conclure à l’importance des interventions ciblées qui tiennent compte de la concomitance des usages de l’alcool et de tabac, et ce, en santé publique comme dans la pratique clinique.

Mots-clés : tabagisme, alcool, comorbidité, Canada, groupes sociaux

Tobacco and alcohol: Is the sum greater that its parts?

Abstract

This study provides an epidemiological profile of the prevalence of tobacco use and its relation to alcohol use and misuse in the Canadian population and its various subgroups. We carried secondary data analyses of the Canadian Community Health Survey – cycle 2.1 (CCHS, 2003) including 134,072 participants representative of the population aged 12 and over, for an overall response rate of 80.7%. The results indicated that 3% of the population report being mere smokers and 57% are only drinkers whereas 20% use both substances. Drinkers are mostly men with higher income whereas smokers are mostly women with lower income. The concurrent use of tobacco and alcohol is significantly higher among young men aged 20 to 29 years and low-income individuals. Regular and occasional smokers drink bigger quantities of alcohol per week compared to previous smokers and non-smokers and are more likely to be excessive drinkers. Moreover, drinkers who do not smoke provide the highest self-evaluation of their health whereas smokers who do not drink provide the lowest self-evaluation. Disparity between socioeconomic groups in the prevalence and the concurrence of risky behaviours backs the need for targeted interventions that take into account concurrent use of alcohol and tobacco both in public health and in clinical settings.

Keywords: tobacco use, alcohol use and misuse, comorbidity, Canada, social groups

Tabaco y alcohol: ¿es el todo más grande que la suma de las partes?

Resumen

Este estudio traza un perfil epidemiológico de la prevalencia del tabaquismo y de su relación con el uso y el uso episódico excesivo del alcohol en la población canadiense y en algunos subgrupos de dicha población. Hemos analizado los datos de la Encuesta sobre la salud de las colectividades canadienses – ciclo 2.1 (ESCC, 2003), llevada a cabo en una muestra representativa de la población de más de 12 años de edad (N=134.072) con un porcentaje de participación combinado de 80,7%. Los resultados revelan que el 3% de la población indica hacer uso exclusivamente del tabaco, mientras que el 57% dice beber sin fumar y el 20% consume las dos sustancias. Los bebedores son, en su mayoría, hombres de nivel económico superior; los fumadores, en una mayor proporción, son mujeres de un medio económico desfavorecido. La concomitancia del uso de las dos sustancias es más elevado entre los hombres, las personas de bajos ingresos y los jóvenes de 20 a 29 años de edad. Los fumadores regulares y ocasionales beben mayores cantidades de alcohol y, proporcionalmente, son más numerosos como bebedores episódicos excesivos de alcohol que los antiguos fumadores y no fumadores. Por otra parte, los fumadores que no beben son los que se perciben menos saludables, mientras que los bebedores que no fuman estiman ser los más sanos. La distribución desigual de las conductas a riesgo y de su concomitancia a través de los subgrupos socioeconómicos permite concluir que las intervenciones con objetivos precisos y que tienen en cuenta el consumo conjunto de alcohol y de tabaco, tanto en el medio de la salud pública como en la práctica clínica, son muy importantes.

Palabras clave: tabaquismo, alcohol, comorbididad, Canadá, grupos sociales

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