Schizophrénie et cannabinoïdes : données cliniques, expérimentales et biologiques

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STÉPHANE POTVIN, EMMANUEL STIP, JEAN-YVES ROY /

Stéphane Potvin, M.A., candidat au doctorat, sciences biomédicales, Université de Montréal, stagiaire au Centre de recherche Fernand-Seguin et à la clinique Cormier-Lafontaine

Emmanuel Stip, M.D., M. Sc, CFPQ, professeur agrégé, Département de psychiatrie, Université de Montréal, psychiatre, Hôpital Louis-H. Lafontaine, chercheur – clinicien, Centre de recherche Fernand-Seguin

Jean-Yves Roy, M.D., FRCP, CSAM, professeur associé de clinique, Université de Montréal, chercheur associé, Centre de recherche Fernand-Seguin, directeur médical, clinique Cormier-Lafontaine

Résumé :

Dans le débat sur la décriminalisation du cannabis, ce sont les conséquences de la consommation de cette substance psychoactive qui interpellent les experts. Rarement s’interroge-t-on, toutefois, sur la nature de l’intoxication au cannabis. Or, un survol attentif de la littérature laisse entrevoir de multiples rapports entre les effets du cannabis et la phénoménologie de la schizophrénie.

Communément classé parmi les perturbateurs du système nerveux central, le cannabis possède des propriétés psychotomimétiques. Selon les circonstances, il peut produire des manifestations qui rappellent diverses dimensions de la schizophrénie. Alors que ses effets aigus évoquent les atteintes cognitives des schizophrènes, ses effets chroniques (le controversé syndrome d’amotivation) peuvent ressembler aux symptômes négatifs, et certains de ses effets adverses (la « psychose cannabique ») imitent les symptômes positifs de cette psychopathologie.

Incidemment, les schizophrènes seraient particulièrement sensibles au cannabis. En effet, la probabilité de développer un trouble de consommation de cannabis est environ six fois plus élevée chez le schizophrène que dans la population générale. Divers modèles tentent de rendre compte de cette comorbidité singulière, le principal étant celui de l’automédication. À l’encontre de ce modèle toutefois, la littérature rapporte que la consommation de cannabis accroît régulièrement l’incidence des rechutes psychotiques et des hospitalisations chez les schizophrènes.

Sur le plan biologique, des données préliminaires suggèrent l’existence de perturbations du système des cannabinoïdes endogènes chez le schizophrène. Dans cette foulée, la communauté scientifique espérait que le blocage du récepteur CB1, le principal récepteur des cannabinoïdes, agisse comme antipsychotique. Après l’échec clinique du rimonabant, un antagoniste CB1, la recherche se tourne maintenant vers les inhibiteurs de la recapture de l’anandamide, le cannabinoïde endogène le mieux connu.

Schizophrenia and Cannabinoids: Clinical, Experimental and Biological Data

Abstract

In the ongoing debate regarding the legal status of cannabis, much emphasis has been put on the consequences of this psychoactive substance. Much less attention has been paid, however, to the very nature of cannabis intoxication. Interestingly, following a close review of the literature, it appears that cannabis pharmacology shares much in common with schizophrenia.

Being a dysleptic, cannabis has psychotomimetic properties. According to the circumstances, it produces effects that remind diverse schizophrenic dimensions. Acutely, cannabis disrupts cognition similarly to what is observed in schizophrenia. Chronically, its effects (the controversial amotivational syndrome) show resemblance with the negative symptoms of this psychopathology. Among its adverse effects, cannabis can induce, in rare occasions, a transient psychosis that mimics the positive symptoms of schizophrenia.

Incidentally, schizophrenic patients seem to be particularly sensitive to cannabis. In fact, they are six times more likely to develop a cannabis disorder, compared to the general population. Different models try to explain this particular comorbidity, the principal one being the self-medication model. Against this hypothesis however, the data currently available demonstrates that cannabis consumption increases the rates of relapses and hospitalisations of schizophrenic patients.

On the biological level, some disturbances of the endogenous cannabinoid system in schizophrenic patients have been shown recently. Along these observations, the scientific community was hoping that the blockade of the CB1 receptor, the principal cannabinoid receptor, would act as an antipsychotic. However, rimonabant, a CB1 antagonist, has failed in a phase II clinical study. Researchers now shift their attention to uptake inhibitors of anandamide, the best known endocannabinoid

Esquizofrenia y cannabinoides: Datos clínicos, experimentales y biológicos

Resumen

En el debate sobre la descriminalización del cannabis, las consecuencias del consumo de esta sustancia psicoactiva suscitan el interés de los expertos. Raramente nos interrogamos sobre la naturaleza de la intoxicación al cannabis. Sin embargo, una mirada atenta de la literatura nos deja entrever múltiples relaciones entre los efectos del cannabis y la fenomenología de la esquizofrenia.

Clasificado generalmente en el grupo de los perturbadores del sistema nervioso central, el cannabis tiene propiedades psicomiméticas. Según las circunstancias, puede producir manifestaciones que recuerdan varias dimensiones de la esquizofrenia. Mientras sus efectos agudos evocan los daños cognitivos de los esquizofrénicos, sus efectos crónicos (el controversial “síndrome de amotivación”) pueden parecerse a los síntomas negativos, y algunos de sus efectos adversos (la “psicosis cannábica”) imitan a los síntomas positivos de esta sicopatología.

Incidentemente, los esquizofrénicos serían particularmente sensibles al cannabis. Así, la probabilidad de desarrollar un desorden de consumo del cannabis es aproximadamente seis veces más elevada en los esquizofrénicos que en la población general. Varios modelos intentan dar cuenta de esta singular comorbilidad, siendo el modelo de la automedicación el principal. No obstante y contrariamente a este modelo, la literatura indica que el consumo de cannabis aumenta regularmente la incidencia de recaídas psicóticas y de hospitalizaciones en los esquizofrénicos.

En el plano biológico, los datos preliminares sugieren la existencia de perturbaciones del sistema de los cannabinoides endógenos en el esquizofrénico. Por ello, la comunidad científica esperaba que el bloqueo del receptor CB1, el principal receptor de los cannabinoides, actuara como antipsicótico. Después del fracaso clínico del rimonabant, un antagonista CB1, la investigación se orienta ahora hacia los inhibidores de captura de la anandamida, el cannabinoide endógeno más conocido.

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