De la bière, du fort ou du vin : peut-on boire sans ivresse chez les Amérindiens?

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MARIE-PIERRE BOUSQUET, ANNY MORISSETTE /

Marie-Pierre Bousquet, Ph. D., professeure agrégée, Université de Montréal

Anny Morissette, Candidate au doctorat, Université de Montréal

Résumé :

A priori, il n’y a aucune raison pour que les Amérindiens du Canada, comme d’autres peuples du monde, ne puissent pas boire de l’alcool simplement pour le plaisir, avec modération. Mais la littérature n’aborde pratiquement jamais la question, dans un contexte où il est notoire que l’abus d’alcool est un fléau social et médical chez les autochtones. Or, des faits et des récits recueillis par les auteures auprès de membres de communautés algonquiennes du Québec démontrent que la réalité est plus nuancée. Tout d’abord, la culture algonquienne de l’alcool est plus complexe qu’il n’y paraît, tant au niveau des connaissances au sujet des diverses boissons que dans les manières de boire. Ensuite, sont particulièrement étudiés les modèles de consommation attachés aux trois grandes catégories d’alcool : la bière (brassée ou artisanale), le «fort» (boisson à haut pourcentage d’alcool) et le vin (vin de table ou vin fortifié). On y relève que les Amérindiens peuvent avoir une hiérarchie de goûts et que leurs choix sont liés à des impératifs économiques et à une accessibilité de produits. Enfin, alors que le discours public de l’élite amérindienne est fortement empreint de l’idéologie dominante des Alcooliques Anonymes, l’analyse des données est replacée dans le cadre d’une culture politique, face à laquelle les individus, buveurs ou non buveurs, peuvent décider de se positionner pour se définir socialement. L’adoption ou le rejet de la culture du vin et de son décorum font ici l’objet d’une attention spécifique. La recherche ouvre alors des pistes pour comprendre l’évolution des codes régissant les rapports sociaux chez les Amérindiens, entre eux et face aux autres.

Mots-clés : Amérindiens, Québec, alcool, Canada, modération, culture politique

Beer, hard liquor or wine: can Native Canadians drink without becoming drunk?

Abstract

In principle, there is no reason why Native Canadians, like other peoples of the world, cannot drink alcohol in moderation, simply for pleasure. In a context where alcohol abuse is a notorious and widespread social and health problem among native people, the academic literature almost completely ignores other possible relations with alcohol. However, the facts and stories we collected from members of Algonquian communities in Quebec show, that the reality is much more intricate. The Algonquian culture of alcohol is more complex than it seems, both in terms of knowledge about various drinks and in the ways of drinking. We studied consumption patterns attached to the three main categories of alcohol: beer (commercial or home brewed), “hard liquor” (drinks with high percentages of alcohol) and wine (table wine or fortified wine). We found that native people can have a range of tastes, and that their choices are related to economic issues and accessibility of products. Public discourse about alcohol by the native community elite is strongly influenced by the ideology of Alcoholics Anonymous. An analysis of the data must therefore be framed by this political culture, in face of which individuals – drinkers or non-drinkers – position and define themselves socially. We give special attention to the emerging wine culture, its decorum, adoption or rejection. Our research opens avenues for understanding the evolution of codes governing social relations among native people, between themselves and others.

Keywords: Amerindians, Quebec, alcohol, Canada, moderation, political culture

Cerveza, bebida fuerte o vino: ¿pueden beber los indígenas sin emborracharse?

Resumen

A priori, no hay ninguna razón por la cual los indígenas de Canadá, como otros pueblos del mundo, no puedan beber alcohol simplemente por placer, con moderación. Pero la bibliografía sobre el tema prácticamente no trata nunca la cuestión, en un contexto donde es notable que el abuso del alcohol es una calamidad social y médica entre los indígenas. Ahora bien, los hechos y relatos recogidos por los autores entre los miembros de la comunidad algonquina de Quebec demuestran que la realidad es más matizada. En primer lugar, la cultura algonquina del alcohol es más compleja que lo que parece, tanto en lo que respecta a los conocimientos de diversas bebidas como a la manera de beber. Se estudian luego en particular los modelos de consumo referidos a tres grandes categorías de alcohol: la cerveza (industrial o artesanal), la bebida fuerte (bebida con alto porcentaje de alcohol) y el vino (vino de mesa o vino fortificado). Se constata que los indígenas pueden tener una jerarquía de gustos y que su elección está ligada a imperativos económicos y a la accesibilidad de los productos. Finalmente, mientras que el discurso público de la élite indígena está fuertemente impregnado de la ideología dominante de Alcohólicos Anónimos, el análisis de los datos está recolocado en el marco de una cultura política, ante la cual los individuos, tanto los bebedores como los que no lo son, pueden decidir ubicarse para definirse socialmente. La adopción o el rechazo de la cultura del vino y de su protocolo son objeto en este artículo de una atención específica. La investigación abre caminos para la comprensión de la evolución de los códigos que rigen las relaciones sociales de los indígenas, entre ellos y ante los demás.

Palabras clave: indígenas, Quebec, alcohol, Canadá, moderación, cultura política

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