Consommation de crack et comportements à risque : les jeunes de la rue n’y échappent pas

Partager sur FacebookPartager dur TwitterPartager sur LinkedInPartager sur Google+Envoyer par courriel

CAMILLE PAQUETTE, ÉLISE ROY, GENEVIÈVE PETIT, JEAN-FRANÇOIS BOIVIN  /

Camille Paquette, MD, M. Sc., Médecin résidente, Programme de résidence en santé communautaire, Université de Sherbrooke

Élise Roy, MD, M. Sc., Directrice du service de toxicomanie et professeure agrégée au Département des sciences de la santé communautaire, Université de Sherbrooke Médecin-conseil à la Direction de santé publique de Montréal

Geneviève Petit, MD, M. Sc., FRCPC, Professeure adjointe, Département des sciences de la santé communautaire, Université de Sherbrooke Médecin-conseil à la Direction de santé publique et de l’évaluation de l’Estrie

Jean-François Boivin, MD, Sc. D., FRCPC, Professeur, Département d’épidémiologie, de biostatistiques et de santé au travail, Université McGill Directeur, Centre d’épidémiologie clinique et de recherche en santé publique, Hôpital général juif

Résumé :

Problématique : Le crack est de plus en plus utilisé chez les jeunes de la rue de Montréal. Ce projet visait à estimer la prévalence d’usage de crack chez ces jeunes et à évaluer l’association entre l’usage de crack et certaines conduites à risque d’infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS).

Méthode : Des analyses ont été réalisées sur des données prove­nant d’une étude cohorte faite auprès de jeunes de la rue de Montréal. Des jeunes âgés de 14 à 23 ans (n=858) ont répondu à un questionnaire par entrevue. On a estimé la prévalence à vie et des six mois précédant l’entrée dans l’étude. On a évalué l’association entre l’usage de crack et certaines conduites concomitantes de consommation de substances psychoactives et sexuelles par régression logistique multiple.

Résultats : La prévalence à vie était de 66,6 % intervalle de confiance à 95 % [63,4-69,8] ; celle d’usage récent était de 38,0 % [34,7-41,3]. Après ajustement, les jeunes de la rue consommant du crack étaient plus à risque de se prostituer (rapport de cotes (RC) 3,6 [2,4-5,5]), d’avoir eu plus de deux partenaires sexuels (RC 2,3 [1,7­3,1]), d’avoir eu un partenaire sexuel ayant le VIH (RC 8,4 [1,6-43,5]), étant un homme qui se prostitue (RC 6,4 [3,1-13,1]), étant une femme qui se prostitue (RC 3,1 [2,0-4,9]) ou étant un homme ayant des rela­tions homosexuelles (RC 3,3 [1,9-4,8]). Les jeunes consommant du crack étaient plus à risque d’avoir bu de l’alcool dans le dernier mois (RC 2,0 [1,2-3,1]), de s’être injecté des drogues (RC 3,0 [2,1-4,1]) et d’avoir consommé plus d’une drogue (RC 10,3 [5,3-20,0]).

Conclusion : L’usage de crack est répandu chez les jeunes de la rue de Montréal. Ceux en consommant ont davantage de conduites à risque d’ITSS. La recherche doit s’intéresser aux facteurs de risque du premier usage afin d’identifier des pistes de prévention appropriées.

Mots-clés : Jeunes de la rue, crack, infections transmissibles sexuellement et par le sang, comportements à risque, substances psychoactives, conduites sexuelles

Crack cocaine use and risky behaviours: street youth

Abstract

Background: Crack cocaine use is increasing among Montréal street youth. This project aimed to estimate prevalence of crack cocaine use among these youths and to evaluate the association between crack cocaine use and risky behaviours that lead to sexually transmitted and blood-borne infections (STI).

Methods: Analyses were realised on data collected during a cohort study conducted among Montréal street youth. Youths aged 14 to 23 years old (n=858) completed an interviewer-administered questionnaire. We estimated lifetime and recent (last six months before the study) proportions of use. We used multiple logistic regression to evaluate the association between crack cocaine use and concomitant sexual and psychoactive substances use behaviours.

Results: Lifetime use prevalence was 66.6%, 95% confidence interval [63.4-69.8]; recent use prevalence was 38.0% [34.7-41.3]. Controlling for potential confounders, street youth using crack cocaine were more at risk of prostituting themselves (odds ratio (OR) 3.6 [2.4­5.5]), of having more than two sexual partners (OR 2.3 [1.7-3.1]), of having a sexual partner who had HIV (OR 8.4 [1.6-43.5]), who was a man prostituting himself (OR 6.4 [3.1-13.1]), who was a woman prostituting herself (OR 3.1 [2.0-4.9]) or who was a man having homosexual relations (OR 3.3 [1.9-4.8]). Youth using crack cocaine were also more at risk of having consumed alcohol during the last month (OR 2.0 [1.2-3.1]), of having injected drugs (OR 3.0 [2.1-4.1]) and of having used more than one drug (OR 10.3 [5.3-20.0]).

Conclusions: Crack cocaine use is widespread among Montreal street youth. Those who use it have more STI risk behaviours. Future studies should investigate risk factors of initial use in order to ulti­mately identify appropriate prevention measures.

Keywords: Street youth, crack cocaine, sexually transmitted and blood-borne infections, high-risk behaviours, psychoactive substances, sexual behaviours

Consumo de crack y componentes de riesgo: los jóvenes de la calle no se salvan

Resumen

Problemática: el crack es cada vez más utilizado por los jóvenes de la calle de Montreal. Este proyecto estuvo destinado a estimar la prevalencia del uso de crack entre los jóvenes y a evaluar la asociación entre el uso de crack y ciertos comportamientos a riesgo de infecciones de transmisión sexual y por la sangre (ETSS).

Método: se realizaron análisis con los datos provenientes de un estudio de cohortes realizado con los jóvenes de la calle de Montreal. Jóvenes de 14 a 23 años (n=858) respondieron a un cuestionario en una entrevista. Se estimó la prevalencia de vida y de los seis meses precedentes a la entrada en el estudio. Se evaluó la relación entre el uso de crack y ciertos comportamientos concomitantes de consumo de sustancias psicoactivas y sexuales por regresión logística múltiple.

Resultados: la prevalencia de vida fue de 66,6% y el intervalo de confianza de 95% [63,4-69,8]; la prevalencia de uso reciente fue de 38,0% [34,7-41,3]. Una vez hecho el ajuste, los jóvenes de la calle que consumían crack corrían más riesgo de prostituirse (razón de posibilidades (RP) 3,6 [2,4-5,5]), de tener más de dos compañeros sexuales (RP 2,3 [1,7-3,1]), de haber tenido un compañero sexual con VIH (RP 8,4 [1,6-43,5]), de ser un hombre que se prostituye (RP 6,4 [3,1-13,1]), de ser una mujer que se prostituye (RP 3,1 [2,0-4,9]) o de ser un hombre con relaciones homosexuales (RP 3,3 [1,9-4,8]). Los jóvenes que consumen crack corrían más riesgos de haber bebido alcohol en el último mes (RP 2,0 [1,2-3,1]), de haberse inyectado drogas (RP 3,0 [2,1-4,1]) y de haber consumido más de una droga (RP 10,3 [5,3-20,0]).

Conclusión: el uso de crack es común entre los jóvenes de la calle de Montreal. Los que lo consumen presentan más comportamientos a riesgo de ETTS. La investigación debe interesarse en los factores de riesgo del primer uso, con el fin de identificar los caminos de prevención adecuados.

Palabras clave: Jóvenes de la calle, crack, infecciones de transmisión sexual y por la sangre, comportamientos a riesgo, sustancias psicoactivas, comportamientos sexuales

Tous droits réservés © Drogues, santé et société, 2010

, , , , ,