Alcool en milieu autochtone et marqueurs identitaires meurtriers

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BERNARD ROY /

Bernard Roy, Faculté des sciences infirmières, Université Laval, Pavillon Paul-Comtois, local 4106, Québec, Québec, G1K 7P4

Résumé :

La consommation d’alcool chez les Autochtones constitue un sujet de préoccupation depuis les tous premiers contacts avec les Européens. Au XXe siècle, le discours médical a pris la relève des approches morales et légales qui dominèrent les siècles précédents. Aujourd’hui, médecins et professionnels de la santé occupent une place de premier plan dans les mesures de contrôle de l’alcoolisme et autres toxicomanies en milieu autochtone. Les propos du présent article sont de deux ordres. Dans un premier temps, l’auteur s’investit dans une série de critiques qu’il porte sur le modèle explicatif médical de l’alcoolisme chez les Autochtones. Modèle persistant à considérer la dépendance à l’alcool comme essentiellement une maladie relevant du corps biologique. Une maladie exigeant un accroissement constant des ressources médicales et pharma­ceutiques. Cette critique offre à l’auteur une plateforme lui permettant, dans un deuxième temps, d’investir un argumentaire qui vise à démontrer que l’alcoolisme observé en milieu autochtone est profondément inscrit dans un contexte historique et politique. L’alcoolisme serait révélateur de l’inscription dans le corps biologique, social et politique de l’autochtone d’importantes dis­parités sociales ainsi que de l’exclusion. L’auteur propose que les comportements alcooliques observés en milieu autochtone sont révélateurs d’une trame identitaire complexe qui, en certains lieux, ouvre sur des espaces pouvant être quali.és de « meurtriers ». L’acte de boire est, dans cet article, présenté comme une incontournable constituante de l’acte alimentaire. Un acte social total alimentant des discours multiples, mais surtout le « corps social et politique » de l’Autochtone dans cette quotidienneté qu’il vit.

Mots-clés : alcoolisme, toxicomanie, identité, Innu, Autochtone

Alcohol in Native Communities and Deadly Identity Markers

Abstract

Alcohol consumption among native people has been an issue of concern since their very .rst contacts with Euro­peans. During the 20th century, medical dialogues took the place of the previous moral and legal approaches. Today, physicians and health professionals are on the front lines, working to control alcoholism and other drug addictions in native communities. This article describes two aspects. First, the author critiques the explanatory medical model of alco­holism among native people which persists in considering alcohol dependency as essentially a biological disease, one that requires constantly increasing amounts of medical and pharmaceutical resources. This critique offers the author a platform which then enables him to invest in an argument designed to show that alcoholism in native communities is .rmly entrenched in their historical and political situation. Alcoholism reveals the signi.cant social disparities and exclusion which have become part of the biological, social and political life of native people. The author suggests that alcoholic behaviour observed in native communities reveals a complex identi.cation framework which, in certain cases, could be quali.ed as “deadly”. In this article, the act of drinking is presented as an unavoidable component of the act of eating, a completely social act feeding many points of view but most of all the “social and political body” of the native person in his daily life.

Keywords: Alcoholism, drug addiction, identity, Inuit, Native person

El alcohol en medio autóctono y marcadores identitarios homicidas

Resumen

El consumo de alcohol entre los autóctonos constituye un tema de preocupación desde los primeros contactos con los europeos. En el siglo XX, el discurso médico ha ocupado el lugar de los enfoques morales y legales que dominaron los siglos precedentes. En la actualidad, médicos y profe­sionales de la salud tienen un papel de primer plano en las medidas de control del alcoholismo y otras toxicomanías en medio autóctono. El presente artículo tiene dos objetivos: en un primer momento el autor desarrolla una serie de críticas al modelo explicativo del alcoholismo entre los autóctonos propuesto por la medicina, modelo que persiste en consi­derar esencialmente la dependencia del alcohol como una enfermedad que depende del cuerpo biológico y que exige un aumento constante de recursos médicos y farmacéuticos. Esta crítica ofrece al autor una plataforma que le permite, en un segundo momento, desarrollar una argumentación dirigida a demostrar que el alcoholismo observado en el medio autóctono está profundamente enraizado en un con­texto histórico y político. El alcoholismo sería revelador de la inscripción de importantes desigualdades en el cuerpo biológico, social y político del autóctono, así como de la exclusión. El autor propone que los comportamientos alco­hólicos observados en medio autóctono son reveladores de una trama identitaria compleja que, en ciertos lugares, se abre sobre espacios que pueden ser cali.cados de “homi­cidas”. El acto de beber se presenta en este artículo como un componente inevitable del acto alimentario. Un acto social total que alimenta discursos múltiples, pero sobre todo el “cuerpo social y político” del autóctono en su coti­dianidad.

Palabras clave: alcoholismo, toxicomanía, identidad, innu, autóctono

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