À paraître

La consommation de substances chez les personnes de minorités sexuelles

sous la direction de Dominic Beaulieu-Prévost,
Martin Blais et Joseph J. Lévy

Les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transidentifiées, queer ou en questionnement (LGBTQ) font face à une diversité de problèmes de santé, parmi lesquels les conséquences négatives de la consommation de substances occupent une place importante. La consommation de tabac, d’alcool ou de drogues présente souvent des prévalences plus élevées chez les hommes gais, chez les lesbiennes, chez les personnes bisexuelles et chez les personnes transidentifiées que chez les personnes hétérosexuelles (Green et Feinstein, 2012; King et coll., 2008). Des profils problématiques d’usage de substances apparaissent souvent dès l’adolescence, les jeunes LGBTQ présentant des taux de consommation de substances jusqu’à 400% fois plus élevés que les jeunes hétérosexuels (Marshal et coll., 2008). De plus, les études sur les différences de genre dans la consommation à l’adolescence sont contradictoires.

Les mécanismes causaux en jeu, les contextes sociaux impliqués et les conséquences à long terme de cette consommation restent peu documentés (Saewyc, 2011). Dans le contexte d’une société où les variations de genre et d’orientation sexuelle restent sujettes à la discrimination homophobe et transphobe, il est plausible de présumer de l’existence de facteurs associée à la consommation de substances qui sont spécifiques aux groupes sexuels minoritaires. Des travaux ont suggéré l’importance, notamment, des facteurs relatifs à la victimisation (Birkett et coll., 2009 ; Busseri et coll., 2008 ; Woodford et coll., 2012), à la discrimination fondée sur le statut sexuel minoritaire, à l’intégration de l’orientation sexuelle, au dévoilement du statut sexuel minoritaire, à l’homophobie ou à la transphobie intériorisée, etc. (Green et Feinstein, 2012 ; Ryan et coll., 2009). L’affiliation à la communauté LGBTQ, bien que pouvant a priori être conçue comme un facteur de protection, reste pourtant elle aussi problématique selon certaines études (par ex., Green et Feinstein, 2012). Quels sont les facteurs spécifiques au vécu des groupes sexuels minoritaires les prédisposant à la consommation? Quel est le poids de ces facteurs spécifiques comparativement à celui des facteurs qui touchent la population générale?

Les objectifs du numéro projeté sont : 1) de documenter la consommation de substances au sein de groupes minoritaires en regard de l’orientation sexuelle (LGBQ) et de l’identité de genre (personnes cisgenres et transidentifiées) dans la francophonie; 2) d’explorer les différents aspects sociaux, culturels, psychologiques et biomédicaux associés à la consommation de substances au sein des groupes LGBTQ ; et 3) de documenter les conséquences de la consommation de substances sur différents aspects de la vie des groupes LGBTQ.

Pour plus de renseignements sur les directives aux auteurs, nous vous invitons à visiter la section à cet effet sur le site de la revue (http://drogues-sante-societe.ca/pour-les-auteurs/).

Cannabis et politiques publiques

Numéro spécial de la revue Drogues, Santé et Société
sous la direction de Bastien Quirion et Biessé D. Soura

En 2002, le Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites adoptait une position ferme, en affirmant dans son rapport que « dans une société libre et démocratique qui reconnaît fondamentalement mais non exclusivement la primauté du droit comme source de règles normatives, et où la puissance publique doit le plus possible favoriser l’autonomie et conséquemment utiliser avec parcimonie les outils de contrainte, une politique publique sur les substances psychoactives doit s’articuler sur des principes directeurs respectant la vie, la santé, la sécurité et les droits et libertés de chaque individu qui, naturellement et légitimement, recherche son bien-être et son épanouissement, et a la capacité de reconnaître la présence, la différence et l’équivalence de l’autre » (Comité Spécial du Sénat sur les Drogues illicites, 2002, p. 8). En clair, selon ce rapport les politiques publiques en matière de drogues devraient, tout en garantissant la sécurité de la société, promouvoir la liberté et l’autonomie des individus lorsque le comportement de ces derniers ne nuit pas aux autres.

Face aux nouvelles connaissances accumulées sur les effets des substances psychotropes sur l’individu et aux mutations sociales en cours dans de nombreux pays, un appel pressant est lancé aux dirigeants, un peu partout dans le monde, en vue de mettre en place des politiques publiques plus efficaces et mieux adaptées aux enjeux actuels. Au Canada, où environ 12% de la population âgée de 15 ans et plus (3,4 millions de personnes) aurait consommé du cannabis au cours de la dernière année (Rotermann & Langlois, 2015), le débat sur l’élaboration de nouvelles politiques publiques est alimenté depuis de nombreuses années par des rapports du Sénat et du Parlement (Le Dain, Nolin, etc.), mais aussi par les prises de position d’universitaires, de professionnels et de membres de la société civile. Selon les promoteurs de ces nouvelles politiques publiques, celles-ci pourraient générer des répercussions sur la régularisation du marché et la réduction des méfaits associés à l’usage des substances psychotropes (MacPherson, Mulla, & Richardson, 2006).

Récemment, la controverse entourant l’ouverture au pays de services d’injections supervisées a mis en évidence les défis qui peuvent se présenter dans une société entre promotion des libertés individuelles et garantie de la sécurité publique en matière de régulation des substances psychotropes. Que l’on soit adepte d’une politique de réduction de l’offre, de réduction de la demande ou de réduction des méfaits, les défis restent nombreux pour atteindre les objectifs escomptés. En ce qui concerne la réduction de l’offre, des sommes considérables doivent être mobilisées, et l’incarcération des individus pour la simple possession de cannabis ainsi que le renforcement du marché noir qui alimente des réseaux locaux, nationaux et transnationaux paraissent problématiques. Pour la réduction de la demande, les défis résident notamment dans le fait de rejoindre toutes les couches sociales sans distinction de milieux d’appartenance et de conditions socioéconomiques, le tout en produisant des résultats limités. Pour ce qui est de la réduction des méfaits, cette avenue comporte des défis de taille en ce qui concerne le monitoring des pratiques à risque et la question de l’acceptabilité sociale.

Devant de tels défis, il importe de mener la réflexion afin de proposer des solutions adaptées aux réalités actuelles. C’est dans ce contexte qu’un forum a été organisé le 16 avril 2015 au Centre de recherche du centre hospitalier de l’Université de Montréal, à l’initiative de la revue Drogues, santé et société. Intitulé « Cannabis : Défis pour une nouvelle politique publique », ce forum d’une journée a regroupé près de 150 participants issus du monde de la recherche, de l’intervention et de la société civile. Devant l’engouement suscité par ce forum, nous avons décidé d’offrir une plateforme supplémentaire pour aborder et discuter des enjeux inhérents à la régulation du cannabis. C’est pourquoi nous avons entrepris la production d’un numéro spécial de la revue Drogues, santé et société sur le thème Cannabis et politiques publiques.

La drogue aux limites de la société

sous la direction de Marc Perreault et François Gauthier

Qu’est-ce qu’une société ? Quelles sont les frontières du social ? Sans prétendre pouvoir répondre à ces questions, ce numéro thématique propose d’explorer les limites du « social » et de la « société » en posant un regard renouvelé sur la drogue et ses usages, usages autant expérientiels que normatifs. La combinaison « drogue et société » renvoie d’emblée à l’intersection d’une série de polarités conceptuelles (nature/culture, sacré/profane, permis/défendu, privé/public, normal et pathologique, etc.) avec lesquelles nous avons été habitués de penser le « social ». D’un côté, la notion de drogue avec ses innombrables déclinaisons et dérives signifiantes (drogué, junky, stupéfiant, psychotrope, alcool, ivrogne, toxikon, toxicomane, pharmakon, « chair des dieux », hallucinogène, enthéogène, ayahuasca, medecine-man, etc.) se révèle un prétexte pour nous pencher sur la spécificité des modes de représentation et des jeux de construction des normes et des catégories servant à définir les limites du « monde » et du « social ». De l’autre côté, les représentations du « monde » et de la « société » ainsi que des éléments qui les composent (individu, citoyen, groupe, classe, esprit, ancêtre, existant humain et non-humain, etc.) et les définissent (loi, statut, code moral, frontière, etc.) deviennent des points de repères à partir desquels nous cherchons à comprendre les « propriétés » (intégration, déviance, curative, pathologique, médiumnique, stigmatisation, plaisir, méfait, etc.) interchangeables des drogues. Un des objectifs du numéro aura été atteint si, au-delà des explications simplistes du déterminisme social, nous réussissons à montrer à l’aide d’exemples que « la drogue » est un construit normatif, révélateur des conceptions-limites du « monde » et du « social », dont les usages varient selon les intentions des agents et la nature des tensions et des éléments qui les animent.

Dans le cadre de ce numéro, nous abordons l’usage de la drogue principalement depuis trois points de vue interdépendants, soit comme : 1- signifiant/signifié; 2- repère normatif; 3-facteur d’exclusion/inclusion. Autrement dit : 1- À quel registre de sens (religieux, médical, alimentaire, légal, récréatif, etc.) se réfère-t-on lorsque l’on utilise le mot « drogue » ou l’un de ses équivalents ? 2- Quels sont les critères et les propriétés (métaphysiques, chimiques, fonctions, etc.) qui définissent la « drogue » et ses usages ? 3- Quels éléments (êtres, « esprits », individus, groupes, etc.) les usages de la drogue incluent-ils (intègrent) ou excluent-ils selon les contextes et les représentations ?

Voici quelques pistes thématiques parmi d’autres à explorer :

  1. La variation dans le temps et l’espace des représentations des drogues et de leurs usages. Perspectives sociohistoriques et épistémiques.
  2. La drogue, vecteur de médiation entre « existants » humains et non-humains.
  3. La drogue contre la société. L’usage de la drogue comme valeur et pratique liminales.
  4. Aux limites du public et du privé : corps, drogue et société.
  5. La drogue : fait social, fait moral. La liberté de choix et enjeux éthiques de la régulation des drogues.
  6. La drogue, marqueur d’exclusion sociale.

Nous invitons les auteurs-es et chercheurs-es de différents horizons disciplinaires à nous soumettre leur projet d’article. Sont bienvenues plus spécialement les approches de type socio-anthropologique, éthico-politique, juridico-moral et socioreligieux.

Les auteurs souhaitant soumettre un texte dans le cadre du numéro thématique La drogue aux limites de la société sont priés de faire parvenir, dans un premier temps, le titre et le résumé de leur projet d’article au directeur de la revue Jean-Sébastien Fallu (jean-sebastien.fallu@umontreal.ca). Une version définitive de l’article devra être envoyée lorsque cette proposition sera acceptée. Il est à noter que les articles seront par la suite soumis à un processus de révision scientifique par les pairs. La date limite pour nous soumettre le résumé de votre article est le 15 octobre 2014. Pour plus de renseignements sur les directives aux auteurs, nous vous invitons à visiter le site de la revue (http://drogues-sante-societe.ca/pour-les-auteurs/).

Drogues et mondialisation

sous la direction de Chantal Robllard et Hubert Villeneuve

Les traités internationaux tout comme les efforts locaux de lutte contre le commerce illicite de drogues, ainsi que la production, la transformation et le commerce de drogues illicites ont eu des impacts sur les économies locales et nationales, sur les taux et la composition de la criminalité, sur les cultures populaires, sur les systèmes de santé publique, sur les systèmes juridiciaires nationaux, ou sur la géopolitique internationale. Ce numéro thématique Drogues et mondialisation offrira une réflexion critique de l’impact de la mondialisation sur le commerce illicite de drogues et médicaments à usage non médical. Il vise à illustrer la complexité des relations économiques, politiques, sociales et culturelles entre les pays et acteurs engagés dans le commerce illicite, la lutte contre le trafic de drogues et la contribution de ces actions à la charge mondiale de la morbidité.

Une réflexion s’impose sur la relation entre les processus qui encadrent la mondialisation et le commerce illicite de drogues et de médicaments à usage non médical. Plus particulièrement, après un siècle de « guerre à la drogue », quelles leçons peuvent en être tirées ? À quel point le commerce international de stupéfiants s’est-il, malgré son caractère illicite, intégré à l’économie mondiale, et à quel point cette intégration est-elle un facteur ou non dans les modifications régulièrement proposées aux lois existantes sur les drogues ? La détermination présentement en vigueur entre les drogues licites et illicites est-elle pertinente, et peut-elle sérieusement être redéfinie? De quelle manière les impératifs liés à la protection de la santé et de la sécurité du public sont-ils compatibles avec les libertés individuelles ? Comment la mondialisation a-t-elle contribué ou non à l’effervescence de ce commerce et de ses corollaires (trafic d’armes, traite de personnes, trafic d’organes, etc.) ? Comment les acteurs du trafic et les politiques et instances de lutte contre ce commerce mettent à profits les avantages offerts par la mondialisation et quels obstacles rencontrent-ils ?